La grossesse idéalisée VS la vraie

Durant mon adolescence je savais déjà que je voulais des enfants, j’ai rêvé plusieurs fois de ce ventre rond, de sentir mon bébé, du teint de pêche qui allait avec cet état. Bien avant de tomber enceinte, j’étais donc persuadée que j’allais aimer être enceinte, je voyais ce moment comme une période de plénitude, d’épanouissement, de douceur.

Puis, je suis tombée enceinte (soit dit en passant, je n’aime pas cette expression, « tomber enceinte », comme si on ne le faisait jamais exprès !).

Au début, j’ai pris les choses comme elles venaient – enfin le plus possible dans la mesure où je suis une angoissée de la vie et où j’avais déjà subit une fausse couche. C’est là que tout commence.

Au lieu de l’état euphorique et du bonheur incommensurable supposé, j’ai ressenti de la peur. Comme si je devais retenir mon souffle, le coeur serré. Pas pour tout de suite le bonheur et les papillons dans le ventre ! En supposant qu’on arrive à ignorer cette angoisse, sont ensuite arrivées les nausées, vertiges et autres joyeusetés.

C’est un peu comme une gueule de bois, mais H24, et sans avoir bu une seule goutte d’alcool.

Viens, on prend l’apéro

Parlons-en d’ailleurs.  Je suis plutôt bonne vivante, je ne dis jamais non à un bon verre de vin, une bière bien fraîche ou à un bout de saucisson.

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Ceci est un cocktail sans alcool. Tristesse.

Je vis dans le Sud, autant dire que l’apéro, c’est un peu comme une religion. Passer son temps à refuser un petit digo, c’est compliqué. Passer son temps à interroger le serveur sur « Comment est lavée la salade ? », c’est chiant. Les moindres sorties, invitations ou courses deviennent un calvaire de frustration.

Et puis disons-le, finalement qu’on le veuille ou non, rien que par toutes ces contraintes, être enceinte c’est vraiment une plaie et pas seulement pour soi-même, mais aussi pour le pauvre entourage qui va au drive nous commander un Big Mac « sans salade, sans fromage, sans sauce ».

Tu vois ce corps et cette vie, là ? Et bien ils ne t’appartiennent plus !

Un Lasergame avec les collègues ? Non non ma grande !
Monter les escaliers pour aller travailler ? Plus pour longtemps cocotte !
Aider pour ton déménagement ? Tu rêves bichette !

Autant de choses que je n’avais plus sous mon contrôle, et ça m’insupportait. J’avais pourtant tenté de rationaliser tout ça : ce n’était qu’un temps, c’était pour la bonne cause, ce n’était qu’une question de mois. Un peu les mois les plus longs de toute ma vie.

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Et puis il y avait toutes ces transformations, celles qu’on redoute, celles qu’on attend. D’abord il y a le gynécologue, qui scrute combien de gramme tu as pris en un mois. Puis de l’autre côté, tu es là, regardant tout ce que tu manges, scrutant ce pot de Nocciolata en le dévorant des yeux, mais NON, tu t’en feras rien. J’ai regardé de près ce que je mangeais, pour éviter une grosse prise de poids, mais aussi pour la santé de mon futur enfant. Et qu’est ce que j’ai récolté ? 17kg et des vergetures. 17 KILOS, en mangeant de la salade, du riz et des courgettes.

Et quid de ce fameux teint de pêche ? De cette chevelure de rêve ? Ah non, je n’ai pas eu droit à cela. Non, moi j’ai eu droit au teint jaune, aux cernes jusqu’en bas des joues, et aux mêmes cheveux fins et graisseux habituels.

La grossesse, cette ironie

Vous l’aurez compris, malgré mes rêves de jeune fille, je n’ai pas aimé être enceinte.
Je me suis sentie enfermée dans un corps qui ne m’appartenait plus, victime du regard infantilisant de la plupart de mes proches, et du monde :  » Touche pas ça », « Fais attention », « Repose toi ».

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Photo par @Camille d’a.

Dépossédée, mais habitée. Et je dois dire que c’est une des plus beaux sentiments que j’ai connu, sentir mon enfant bouger en moi, évoluer et grandir de jour en jour.

Maintenant je sais à quoi m’attendre, ce n’est pas cette belle parenthèse dorée, pleine de bulles d’eau et de paillettes. Non, mais c’est un moment unique, avec ses montagnes russes et sa grande traversée du désert. A la fin de ce meeeeerveilleux voyage, une nouvelle aventure, bien plus grande.

Si c’était à refaire, je saute le pas sans hésiter.

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